Le riche parfum des roses embaumait l'atelier et quand la légère brise d'été remuait les arbres du jardin, il venait, par la porte ouverte, une lourde odeur de lilas ou l'arôme plus délicat des aubépines rougissantes.
Ça a débuté comme ça.
Le vent, tiède et endormi, poussait une brassée de feuilles contre la fenêtre.
Comment s’étaient-ils rencontrés ?
Un mois de mai de la guerre.
Sur le grand paquebot qui à minuit devait quitter New York à destination de Buenos-Aires, régnait le va-et-vient habituel du dernier moment.
L'été touchait à sa fin.
Gémissements de sirènes.
- On part ?
Oui ou non répondez.
Rien.
Je hais les voyages et les explorateurs.
J’ai toujours tenu pour suspects ou illusoires des récits de ce genre : récits d'aventures, feuilles de route, racontars — joufflus de mots sincères — d'actes qu'on affirmait avoir commis dans des lieux bien précisés, au long de jours catalogués.
La neige qui n'a pas cessé de tomber depuis trois jours, bloque les routes.
Je ne suis pas voyageur, c'est un fait.
Si je devais ramener ma vie à un seul fait, voici ce que je dirais : j'avais sept ans quand le facteur m'a roulé sur la tête.
Rien n'aurait dû arriver ce jour-là.
- Toujours vivant ?
Eh bien, croyez-moi, je cours encore…
Ici, donc, je reprends, et je résume.
Oui, cela pourrait commencer ainsi, ici, comme ça, d'une manière un peu lourde et lente, dans cet endroit neutre qui est à tous et à personne, où les gens se croisent presque sans se voir, où la vie de l'immeuble se répercute, lointaine et régulière.
C'est le bord de l'été.
Vous ouvrez les yeux.
Il vous est venu une superbe idée dont vous rêveriez de faire un livre ?
Quand la mère du poète se demandait où le poète avait été conçu, trois possibilités seulement entraient en ligne de compte : une nuit sur le banc d'un square, un après-midi dans l'appartement d'un copain du père du poète, ou un matin dans un coin romantique des environs de Prague.
Le garçon mit sa main gauche sur la hanche, appuya sa main droite sur le dos d'une chaise et il se balança sur un seul pied, en pinçant les lèvres.
Ce corps est sorti d'elle.
Aujourd’hui, Maman est morte.
Près de la fenêtre, dans une petite pièce à demi obscure, mon père, vêtu de blanc, est étendu par terre.
Maintenant, je suis mon cadavre, un mort au fond d'un puits, J'ai depuis longtemps rendu mon dernier souffle, mon cœur depuis longtemps s'est arrêté de battre, mais, en dehors du salaud qui m'a tué, personne ne sait ce qui m'est arrivé.
je vais profiter d'avoir les faits très présents à la mémoire pour tenter de décrire exactement ce que j'ai vu et entendu quand, il n'y a pas une semaine, j'ai rencontré un homme qui déambulait comme vous et moi - alors qu'il était en proie au désagrément d'avoir été brutalement assassiné.
Suivez attentivement ce que je vais vous raconter.
Il était quatre heures du matin, je n'avais pas fermé l'œil depuis des semaines, et le bébé criait de nouveau.
Lorsque la chatte entra par la petite chatière dans le bas de la porte moustiquaire, un petit bruit retentit : clac-clac.
-Tiens, voilà Tendresse !!!
L'averse sonore battit le feuillage un moment, décrut, s'évapora ; et, peu à peu, tout redevint un éclatant silence.
Premier rêve : je suis dehors dans l’herbe, à genoux, la tempête bat son plein, marée haute gris-vert agité du ciel et de l’eau, je continue à creuser, je m’écorche les doigts, je saigne.
Ici la mer s'achève et la terre commence.
Il est des lieux qui font du temps un chemin de calvaire sans retour.
Prenez un dîner français.
Me voici donc seul sur la terre, n'ayant plus de frère, de prochain, d'ami, de société que moi-même.
Pour habiter cette île, il faut avoir quelque chose à cacher.
La nuit où je suis mort, il s'est passé d'étranges choses, dans mon appartement parisien.
La nuit.
Paris me pesait.
Au fond, cette ville est sinistre.
Il y a huit ans, j'ai eu une liaison avec une femme.
J'étais arrivé assez tôt, vers neuf heures, dans cette ville que je ne connaissais pas.
C'était un été étrange et étouffant.
La chair des femmes a toujours occupé, sans doute, une grande place dans mes rêves.
La plus belle femme du monde est assise sur l’appui d’une fenêtre.
Son regard a fini par croiser le mien.
Une nuit insolite, impromptue, vient de surgir au cœur du jour.
Une chambre.
L'envie nous a pris de passer la soirée et la nuit dans un château.
Des voilages se tendent entre la femme dans son habitacle et les autres qui possèdent aussi des maisons particulières et des particularités.
Où est la vraie vie ?
Non vraiment, on aurait beau chercher, on ne pourrait rien trouver à redire, c'est parfait...
- Avoue que tu l'aimes !
On ne sait rien de soi.
- Qui es-tu ?
La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un voile de mariée.
Amoureuse.
- Alors tu vas vraiment faire ça ?
Je reviendrai.
Vous verrez, ce n'est pas du tout ce à quoi vous vous attendez.
Ce mardi-là, je m'éveillai au moment sans âme et sans grâce où la nuit s'achève tandis que l'aube n'a pas encore pu naître.
Le vent, toujours le vent, depuis une semaine, l'assommant et violent vent du nord venant de là-haut.
L'homme tomba dans l'herbe froide, les bras en croix.
Il est difficile et obscène d'éviter le regard d'un homme qui saigne à mort, mais plus difficile encore de le soutenir et de surnager dans le tourbillon de passions troubles et de secrets posthumes qui s'entassent dans ses rétines.
C'était une journée d'avril froide et claire.
J’avais pris une femme de ménage.
Je n'ai jamais éprouvé un intérêt exagéré pour ma personne, ce qui ne veut pas dire pour autant que j'aie jamais pu cesser sur commande et au moment voulu de réfléchir à moi-même, malheureusement.
Je me rappelle fort bien comment je cessai de peindre.
C’était le printemps, et je m’ennuyais.
Lorsque j’ai commencé à passer mes après-midi dans la salle de bain, je ne comptais pas m’y installer ; non, je coulais là des heures agréables, méditant dans la baignoire, parfois habillé, tantôt nu.
Ainsi, après bien des années, je me retrouvais chez moi.
J’ai rarement été aussi seul.
J’ai atteint mon désir ; un après-midi de pluie et d’ennui, la solitude, le silence, l’espace ouvert à perte de vue devant moi, l’herbe, l’eau, les oiseaux.
Sans doute je rêve.
Ma montre est-elle arrêtée ?
Je ne suis rien.